[France] Nos 8 questions à Frédéric Levet : quand le fils rend hommage au père, le peintre JPL.

Nous avons rencontré Frédéric Levet, fils du prolifique et talentueux peintre JPL décédé en 2012. Ce dernier a laissé derrière lui une impressionnante collection de plus de 6000 œuvres dont une trentaine sont exposées en ce moment à l’Espace JL Thouard. L’exposition est prolongée jusqu’au dimanche 10 février 2019. Si vous passez par le quartier de Saint-Germain, après un café ou une balade, ne manquez pas une douce contemplation qui vaut le détour...

1) Bonjour Frédéric. Cette exposition est un hommage à votre père. Pouvez-vous nous en dire plus ?

 Je suis très heureux et sensible au fait que vous qualifiez cette exposition comme un hommage. JPL a vécu de 1937 à 2012. Il a très jeune décidé de se consacrer à la peinture, et quelles qu’aient pu être les épreuves professionnelles endurées, il a toujours continué à travailler « le pinceau et le crayon » jus qu’aux derniers mois de sa vie. C’est la raison pour laquelle nous avons imaginé intituler cette exposition « une vie de peinture ».

 

 

Cette exposition est en fait une occasion inespérée de présenter son travail dans un lieu exceptionnel au cœur de Paris. Cela fait plusieurs années que j’ai commencé l’inventaire de ses œuvres. Cette exposition est un premier jet où j’ai pris beaucoup de plaisir à présenter 50 années de travail. En apparence, ce sont des peintures ou des dessins très variés. Style, couleurs, sujets. Mais je m’attache à démontrer leur lien commun : l’idée de Nature et l’émotion qu’elle inspire. Cette idée a été la source permanente de son inspiration et de son travail.

2) Quel peintre était votre père, que pouvez-vous nous dire sur ses inspirations ?

Il était très observateur et contemplatif. Il se délectait des magnifiques ciels d’après-midi de l’Île-de-France, des feuilles des forêts en automne, des cascades, des prés avec des vaches… Un rêveur rousseauiste qui s’émerveillait de toute belle chose : fleurs, oiseaux, ciels, nuages quand il se promenait en forêt ; mais aussi belles filles ou parisiens au langage de charretiers quand il traversait à pied tout Paris. Puis il projetait sur son papier, le fruit de ces visions. Selon ces situations vécues, cela lui permettait de produire des choses très différentes : des paysages ou alors des scènes avec des personnages.

 

 

Il travaillait généralement d’un seul jet, à l’imagination, sans canevas précis, ni esquisse ou maquette. Puis sur ses plus grands travaux, dont la taille excédait rarement celle d’un grand aigle, il était capable grâce à la peinture à l’huile, de revenir dessus jusqu’à trente ans plus tard. L’œuvre la plus récente présentée dans l’expo datée de 2012 est emblématique. J’y reconnais des couleurs qu’il utilisait dans les années 70. Ce n’est d’ailleurs pas exceptionnel dans le métier. Par contre, il a très rarement pris un chevalet pour « reproduire » un paysage. Enfin, il n’aimait pas du tout être vu ou observé dans son travail. J’ai le souvenir enfant où durant les vacances de printemps ou d’été dans notre maison varoise, il avait des moments de production intenses. Je le voyais la mine jubilatoire descendre de son atelier 15 peintures par jour.

3. Votre père avait-il des œuvres favorites ?

Je n’ai pas souvenir qu’il m’ait désigné une œuvre plutôt qu’une autre. Peut-être celles qu’il accrochait dans notre appartement de Montmartre lui semblaient-elles plus intéressantes. Mais comme disait sa femme : « il nous donne le tournis à en changer tous les 15 jours ! »

4. Lorsqu'on a un père qui exerce le métier de peintre, peut-on dire qu'il est à l'origine de votre passion pour l'art ?

Avec une mère enseignante en dessin et la plupart des grands musées parisiens gratuits tous les dimanches quand j’étais minot, il n’a pas eu beaucoup de mérite...

5. JPL cumule plus de 6000 œuvres, comment avez-vous réalisé la sélection pour l’exposition ?

 Je crois qu’il en a produit bien d’avantage entre ceux qu’il n’a pas jugé utile de conserver en les détruisant ou en les repeignant. Pour sélectionner les œuvres, je me suis appuyé sur une base de données « maison » conçue par un ami et qui intègre différents critères de genres, matériaux, thèmes… mais aussi mes appréciations subjectives. J’ai pu donc retenir une trentaine d’œuvres parmi les 4000 « fiches » recensées pour l’heure. J’ai choisi celles qui me semblaient les plus emblématiques de son cheminement mais j’ai aussi essayé de faire des séries pour éviter de trop déboussoler les spectateurs.

6. Pourriez-vous nous raconter la petite anecdote sur la présence des gilets jaunes au cours de votre exposition ?

Il faut préciser que située au 1er étage cette galerie « éphémère » n’est pas facilement identifiable. J’étais justement en train de fixer des écriteaux « expo JP Levet » dans la cour de l’immeuble quand plusieurs gilets jaunes Essonniens se sont présentés. Je les ai invités pour une visite. Ils étaient très contents et élogieux sur ce travail. Ils ont fait une photo de groupe en présence des autres spectateurs !

7. Comment se passent les visites et quel est l’accueil du public ?

 L’espace Thouard, nom d’un mécène de mon père, est idéalement placé entre la place Saint Germain des prés et le quai Malaquais dans le 6ème arrondissement. Nous recevons la visite chaque jour des visiteurs de tous âges. Souvent des touristes. Nous leur présentons succinctement qui était JPL et le motif de cette expo. Certains s’attardent pour échanger sur ce travail. Nous avons beaucoup de compliments. Mais je préfère être modeste et inviter vos lecteurs à se faire par eux même une opinion.

8. Que retenez-vous de cette exposition ?

C’est un premier pas extrêmement satisfaisant qui a permis une rencontre entre plusieurs centaines de personnes et ce travail. Plusieurs années après son décès, amis, famille, collectionneurs avons ressentis la nécessité de faire parler de JPL et de son travail. Ce qui est intéressant dans cette première présentation posthume est que tout en respectant les principes esthétiques et picturaux qu’il a défendus comme l’idée de nature et d’émotion simple en art, nous avons pu choisir parmi des œuvres qu’il n’aurait sans doute pas sélectionnées. On m’a reproché de faire une rétrospective alors que ce n’est pas un musée. Mais si ! J’ai fait mon musée des œuvres de JPL.


Vous rendre à l'exposition - entrée libre

Adresse

Espace JL Thouard
Premier étage

21 rue Bonaparte 75006 Paris
Précision : L'entrée est située quelques pas plus loin dans la rue Bonaparte après l'agence immobilière. Elle donne sur une cour d'immeuble.

 

Prolongation jusqu'au dimanche 10 février :

mardi, mercredi, et jeudi de 15 à 19h

vendredi de 15 à 21h

samedi et dimanche 11h à 17h

 


Spécial « after-work / décrochage » vendredi 8 de 18 à 21h.