[Japon] Retour sur la première conférence internationale sur le Dialogue Interculturel à travers les arts - Fukuoka

En début d’automne s’est tenue la conférence sur le Dialogue Interculturel à travers les arts. La conférence, de 4 jours, agrémentée de plusieurs ateliers et workshops artistiques, s’est déroulée sur l’île de Kyushu, au sud du Japon. Proche de la Corée du Sud, l’île est un carrefour culturel et dynamique qui n’a rien à envier à l’immensité de Tokyo. Tout est là : l’odeur du sel, des marchés de fruits de mer, l’activité touristique riche et diverse, des temples au Bouddha géant de Kamakura jusqu’aux volcans et ses légendes sacrées.

 

C’est donc tout naturellement que les interventions, lors de cette conférence organisée par une association - Tiempo 4 all -  et deux universités locales (les universités de Saga et de Fukuoka), ont constitué un carrefour d’idées et d’approches, plus originales et atypiques les unes que les autres. C’est à travers cet article et deux exemples choisis, que vous seront présentés les activités artistiques comme un vecteur de possibilités, allant de la danse à l’application des sciences dures, l’art n’aura pas fini de vous surprendre.

L’art : un véhicule social et culturel

Les deux jours de conférence ont permis de mettre en avant l’art en tant que véhicule social et culturel. La métaphore du véhicule traduit le dynamisme des activités artistiques tout autant que les transformations, changements de voies et ajustements propres aux enjeux sociaux et culturels. L’art, tout au long de cette conférence, a été vu comme un moyen de créer des échanges culturels et d’appréhender les questions de différences culturelles à travers des activités artistiques, qui au-delà de l’art, relèvent de l’éducation non-formelle dans les domaines culturels et sociaux. La danse, ou les danses (danses latines, danses culturelles japonaise, etc.) sont créatrices de liens. Elles ont été utilisées au même titre que la réflexion intellectuelle sous forme de symbiose ludique. En effet, ces activités artistiques avaient pour vocation de développer une compréhension et une tolérance de l’autre et ses différences. Cette approche de l’art, était donc alimentée d’ateliers et de performances artistiques durant lesquelles les invités pouvaient y participer. Ils ont donc pu expérimenter l’art des différentes danses tout en comprenant les enjeux impliqués : le rapport à la distance (physique), le regard, la parole, les relations de force, etc. Tous ces éléments culturels codifiés et spécifiques à un individu et qui sont challengés lorsque deux personnes différentes s’associent. L’initiation intellectuelle de l’art en tant que vecteur social et culturel s’est donc construite à travers une éducation non-formelle basée sur des activités auxquelles s'ajoutent concepts et théories scientifiques sur la place de l’art dans les échanges culturels. L’un des exemples à citer, est celui de l’intervenante Stephanie Houghton, docteure en communication interculturelle, d’origine anglaise et vivant au Japon depuis 15 ans. Sa passion : la salsa et le cosplaying. Elle a réussi à lier ces deux activités artistiques et à les inclure directement dans ses recherches sur les échanges culturels et le développement communautaire “mixte”. Lors d’un atelier organisé par Stephanie, les éléments de la salsa (danse, proxémie, rapport entre les danseurs, temporalité, etc) et ceux du cosplay (jeu d’acteur, inversement des rôles, “auto-distance”) ont permis aux participants de découvrir les autres sans se focaliser sur les différences mais sur ce qui les rapprochaient durant cette activité, tout en créant des liens, des affinités et un dialogue, qui n’aurait peut-être pas pu avoir lieu sans cette activité.

L’art : une forme ludique d’éducation

La référence à l’aspect d’éducation non-formelle associée à l’art a été illustrée par un autre exemple concret. Le plus atypique et détonnant est l’exemple du lien entre l’apprentissage des sciences dites « dures » (mathématiques, physique et chimie, etc.) et l’art. Cette approche, introduite par une chercheuse en sciences, Ana R. Verissimo, comporte deux objectifs principaux.

Le premier objectif est de démontrer comment l’utilisation de l’art (du dessin plus particulièrement) peut aider à faciliter la compréhension de contenus scientifiques et/ou techniques difficiles d’accès. Les dessins servent donc d’outils ludiques pour appréhender les sciences de manière simplifiée et atypique.

Le deuxième objectif est d’utiliser les dessins, et plus spécifiquement les dessins de mangas, pour transformer des codes et référence culturels en faveur d’une égalité entre les genres et inciter les femmes à s’investir plus dans ces domaines encore sous l’hégémonie masculine. Cet exemple a pris forme dans un contexte où les femmes, depuis leur enfance, sont directement ou indirectement mises à l’écart des sciences. En effet, la problématique se joue dans l’idéologie qui souhaite que les femmes soient moins « aptes » à pratiquer les sciences que les hommes. Cette idéologie, qui s’alimente dans l’imaginaire collectif, est cassée à travers la création d’un manga (travail joint entre chercheurs et dessinateurs) qui met en scène des figures féminines, scientifiques et brillantes, un peu sous forme de supers héroïnes des temps modernes. L’association entre l’art et science, n’est donc pas dénuée d’enjeux culturels, sociaux et politiques.

Ana R. Verissimo a donc utilisé son intervention pour nous montrer que les sciences pouvaient être accessibles à tout le monde à travers la présentation de dessins faits en aquarelle et des thématiques scientifiques (ex: les formules mathématiques, les mélanges chimiques et leur résultats, etc.) mais également  grâce à l’introduction d’un magazine, créé sur le même modèle que les magazines de mangas, dans lequel elle y a inclut les histoires de ses supers héroïnes scientifiques ainsi que des connaissances utiles sur les sciences.

 

 

Finalement, on voit souvent l’art comme une simple forme d’expression subjective et variée, comme un moyen de garder un souvenir, une trace historique ou comme une occasion de mettre en avant des personnalités et/ou évènements. Or, au cours des deux jours de conférence, l’art est ainsi apparu sous une fonction nouvelle : celle du développement communautaire et d’échanges culturels. Tout au long des 4 jours de conférence, le développement communautaire a été vu et traduit à travers la création, par différents individus (différents par leurs cultures, modes de vie, expérience, etc.) d’une relation et d’affinités qui permettent de construire un groupe. Ce groupe, est animé par une action commune durant laquelle se développe un langage, une identité et des codes communs, et l’on peut alors parler de “communauté”.  L’art a donc été utilisé comme outil pour combattre les stéréotypes et préjugés, néfastes au développement communautaire et social entre individus de culture différente.

Mélissa Lakrout