[Japon] Caroline Sotta nous raconte l'Institut Français à Tokyo

Une opportunité à l'autre bout du monde

Diplômée à Science Po Lyon, Caroline découvre le monde de l’art à travers ses stages d’études et plus particulièrement celui de la Villette où elle se découvre un intérêt particulier pour le spectacle vivant, rassemblant le cirque, l’art de la rue, la danse contemporaine. Continuer à travailler à Paris pourrait la satisfaire, mais elle fait partie de cette génération Y qui se fascine pour les nouveaux horizons. Dès la fin de ses études, Caroline se met à candidater et cible l’Asie car c’est une région qui l’attire beaucoup. Après s’être épanouie 4 ans en région parisienne, elle obtient quelques temps plus tard son précieux sésame : elle est acceptée à Tokyo. Elle travaillera pour l’Institut français, l’agence culturelle du Ministère des affaires étrangères. 

Atterrissage au Japon

Caroline se rappelle de son arrivée comme si c'était hier. Elle atterrit un jeudi soir dans la capitale nippone. Dès son arrivée, son supérieur vient l’accueillir en personne avant de l'inviter à dîner. Durant le repas, il en profite pour lui parler du travail afin de la mettre en condition. Le lendemain, elle assiste déjà à la première du spectacle de Jean Baptiste André, co-organisée par l’Institut Français et un théâtre de Tokyo. « J’étais tout de suite dedans, dans le bain. Le spectacle était très beau, j’aimais beaucoup cette compagnie ». Cela est d’autant plus marquant que l’art qu’elle découvre prend racine dans un pays étranger. Caroline est notamment touchée par plusieurs spectacles japonais de danse contemporaine « C’était très, très fort. Très abouti. » Elle cherche à expliquer l’inexplicable, ce qui s’est produit sur scène est poignant « C’est comme quelque chose qui se débloque au fur et à mesure du spectacle. On rentre dedans et on commence à comprendre où ils [les danseurs] veulent en venir. C’est très travaillé et progressif. »

Immersion dans la vie Tokyoïte

Six mois en tout et pour tout, c’est le temps qu’il aura fallu à Caroline pour “se sentir vraiment chez soi”. Il lui aura fallu la moitié d’une année pour franchir des paliers et se faire à la vie tokyoïte bien différente de la vie parisienne. Caroline est désormais bien installée, elle a de nouveaux amis japonais, se plaît au travail et s’habitue aux différences culturelles. Quand on lui demande ce qui la marque, elle pense en premier lieu au surmenage des Japonais. Ces derniers travaillent beaucoup et ne comptent pas leurs heures. Culturellement, il n’est pas toujours bien vu de sortir trop tôt du travail ou de prendre des congés lorsque “l’autre collègue”, lui, s’investit davantage pour l’entreprise et évidemment, ne prend pas tous ses congés. “L’autre collègue”, c’est le bon exemple à suivre. Le travail est très valorisé, considéré comme essentiel et prioritaire. Caroline ajoute “Je crois que les Japonais ont un rapport au temps libre et au loisir différents du nôtre, car ils sont très jeunes dans des rythmes de vie denses, avec l’école, les activités après l’école, l’étude etc, et ce rythme reste constant tout au long de la vie, hormis pendant le temps des études. J’ai l’impression qu’ils ont ainsi acquis la capacité de se reposer en moins de temps que les Français. ”. C’est sans doute une question d’habitude. Si la contrainte du travail est forte, il en existe une deuxième, la taille de la capitale. Tokyo étant immense, Caroline explique qu’il est difficile de se retrouver à l’improviste entre amis “La vie sociale n’est pas spontanée. Si tu veux voir tes amis, il faut programmer. Au début je proposais souvent d’aller boire un verre spontanément, le soir après le travail. Ça ne marchait jamais ! Les gens travaillent beaucoup et la ville est immense, on met pas mal de temps en transport, et les derniers trains et métros passent vers minuit. Finir le travail à 21h, prendre le  train pour aller retrouver un ami, et il est déjà souvent presque l’heure de devoir rentrer chez soi...

Bilan : de retour en France

Caroline est rentrée en France après avoir passé deux années enrichissantes au Japon. Elle explique être tout de même contente d’être de retour à Paris “ la diversité m’avait manquée, la diversité dans les origines, le look, la façon de parler. Le côté très organisé de Tokyo m’étouffait un peu parfois. Parfois quelque chose de plus latin me manquait. Et il y a aussi le rapport au temps. Au Japon, j’ai le sentiment que tout prend du temps. Il faut persévérer assez longtemps. Moi je n’avais que deux ans, donc un temps court, alors que je voulais faire plein de choses. Le système est pensé pour qu’il n’y ait pas de changements brutaux.” Cependant, elle retient un aspect très positif du Japon qu’elle nomme la sagesse collective. Elle reste impressionnée par ce respect du collectif. Caroline nous confirme que ce n’est pas un mythe : “l’attention portée au respect de l’harmonie collective est plus fort que l’esprit individualiste. A Paris, on gagnerait à en prendre de la graine ! Au Japon, il se dégage aussi quelque chose de très calme. Des amis japonais étaient de passage à Paris, et ça m’a fait du bien de les voir. Ils ont un côté très apaisant.” Désormais, un autre chapitre se tourne : Caroline est partie pour de nouvelles aventures… cette fois en mer, dans l’océan Atlantique, à bord d’une flottille de plusieurs voiliers, mais toujours dans le cadre de la culture puisqu'ils y organisent un festival itinérant de spectacles vivants ! Le projet s’appelle Festina Lente. Bon vent à elle !