[France] La Maison du Street Art : visite avec Meushay & J-P Trigla

[FRANCAIS]

Dans un quartier résidentiel de Vitry, des dizaines de maisons se succèdent les unes après les autres.  Une en particulier, retient notre attention. Bien qu’elle soit quelconque vue de l’extérieur avec son ordinaire devanture, une fois le seuil franchi, on comprend qu'elle est unique en son genre. L'aspect ordinaire de la maison se conjugue alors au passé. Ce n’est pas une simple maison. C’est la fameuse maison du street art : la belle Vitry’n.

 

Devant l’entrée, un garçon enchaîne les dribbles, concentré, imperturbable. Lorsqu’il disparaît en remontant la voie, Jean-Philippe et Meushay font leur apparition. Le timing est parfait et la scène presque surréaliste. Le garçon, laissant place aux interviewés, mine de dire « Le spectacle peut commencer. Je n’étais que l’introduction. ». Quelque part, il incarne l’esprit de la maison : talentueux mais discret. C’est comme s’il fallait venir le découvrir, tout comme la maison du street art, cachée parmi les nombreux foyers alentours. Jean-Philippe assure : « On vient pas ici par hasard. ». Meushay confirme : « On vient ici pour une raison ».

Rencontre : portraits et parcours croisés

« Il faut se montrer et bosser » Meushay

Le portrait du jour est double. Nous avons deux personnalités engagées et passionnées, pilotes du projet de la maison du street art. Le premier est Jean-Philippe Trigla, animateur de l’association Vitry’n Urbaine. Le deuxième est Christophe Marcq, chef d’entreprise dans le bâtiment. Un nom en cache un autre puisque Christophe Marcq est l’artiste grapheur Meushay.

 

Jean-Philippe et Christophe grandissent à Vitry-sur-Seine, ville située à cinq kilomètres de Paris. Pour Christophe, le parcours est tracé. C’est très tôt que naturellement il fait de sa passion pour le dessin la continuité de ses études. Il passe le concours Corvisart et rejoint le lycée des arts graphiques. Jean-Philippe, lui, a un parcours littéraire. Après ses années de lycée à Jean Macé, il se tourne vers un master dans le journalisme. Curieux et ouvert, il est convaincu que la richesse vient de la variété. Cette conviction le conduit à multiplier les rencontres. Parmi elles, sa rencontre avec Christophe.

 

C’est par hasard que Jean-Philippe croise la route de Christophe sans savoir qu’il est Meushay.  Jean-Philippe connaît le travail de l’artiste mais ne l’a jamais vu. Un jour, il raconte se retrouver face à une fresque à côté d’un inconnu et décide de se présenter : « J’ai dit mon nom, Jean Philippe. Et puis là il me sort, Meushay. Et j’étais comme ça [il fait le geste des mains qui tremblent]. Quoi, Meushay ? ». Dans le milieu du street art, on se connaît tous, mais la condition est de sortir du lot. Comme l’indique Meushay, les talents sont nombreux mais il faut se montrer et travailler. De plus, être artiste est loin d’être un long fleuve tranquille. Cela demande un engagement important d’autant plus qu’il n’existe pas forcément de gain en retour. Il faut s’accrocher. « Il faut le vouloir. Il faut être volontaire » disent les deux hommes.

la maison du street art : quand le collectif se met en marche

« C’est l’art qui nous a rassemblé […] On est plein de connections » J-P Trigla

La route de Jean-Philippe et Meushay se croisent de nouveau. Cette fois autour d’un grand projet, celui de la maison du street art. A l’origine, la maison est en fin de vie, destinée à attendre sa future destruction. Or, il en sera autrement. Grâce à un heureux concours de circonstance, la maison est finalement destinée à devenir une galerie éphémère, « le temps de devenir autre chose » dit Meushay. La propriétaire accepte de prêter les murs. C’est le début d’une grande aventure : l’espace de 150 m² est un beau potentiel à transformer. Tout un collectif se met en marche pour concrétiser le projet et rassemble du beau monde du côté des organisateurs BBP (big bang participatif), Vitry’N Urbaine, Urban Art Paris et Digital Street Art, comme du côté des artistes, destinés à partager le même espace de travail.

 

 

L’expérience est à la fois grande artistiquement comme humainement. L’humain est indissociable car l’idée est de donner une place à chaque artiste, connu, moins connu, jeune, moins jeune, expérimenté ou novice. Une vingtaine d’artistes venant de tout horizon décident de jouer le jeu. Ils sont inspirés et motivés, prêts à investir les lieux. Jean-Philippe souligne même la présence d’artistes féminines plutôt rares dans le milieu. Le mélange est dès lors détonant : c’est la croisée des talents et des inspirations. Le but est alors de travailler ensemble en s’élevant les uns, les autres. Tout un art ! Orienter sans imposer, créer une harmonie sans effacer les particularismes. L’enjeu est aussi de donner une chance à tous, de ne pas fermer de portes et de pouvoir dialoguer et se donner des conseils au sein d’un groupe. Meushay dans cette optique, interviendra auprès d’un jeune. Il lui explique que sa peinture pourrait gagner en qualité et l’encourage à la refaire.

 

Le travail est abattu en 5 jours et arrive le jour J. Lorsque la galerie éphémère ouvre ses portes et qu’on indique au public « faites comme chez vous », ces paroles n’ont jamais sonné aussi juste. En observant le public au rendez-vous, le premier constat est celui de son incroyable diversité. Plusieurs mondes se côtoient au sein d’un même espace. Certains, plus habitués, commentent les graffitis et reconnaissent les signatures. D’autres, moins connaisseurs, ne peuvent pas quitter les murs des yeux, captivés. Jean-Philippe explique : « Il y a un intérêt. On va peut-être pas adhérer et comprendre mais il y a une curiosité ». Concernant les retours durant le week-end ? Ils sont plus que positifs.

 

Ce qui a plu était sans conteste la convivialité de l’événement, la proximité des organisateurs, les dialogues spontanés engagés avec les artistes. Meushay évoque une anecdote, celui d’une dame qui n’osait pas entrer dans une galerie et encore moins parler aux artistes. « Elle voyait ça comme un lieu où il faut venir en costard-cravate. Alors que moi je lui ai dit qu’on pouvait dialoguer et même finir au resto et papoter. Du coup elle avait halluciné ». Au sein de la maison du street art, cette convivialité s’explique aussi grâce au lieu lui-même, assez original. Au cours de l’événement, étant dans une maison, la cheminée est allumée. Meushay se rappelle « Le soir on a fini avec du punch, les gens étaient assis sur des bottes de paille ».

 

Une fois le week-end terminé, les visites se poursuivent avec différents groupes, dont des élèves de maternelle, des personnes handicapées ou encore des étudiants de la Sorbonne.  « La belle vitry’n a une dimension sociale. On n’est pas tourné vers les stars, VIP, nous on est tourné vers le public. » dit Jean-Philippe. La maison du street art est une incarnation évidente des valeurs de partage et d’ouverture autour du savoir-faire et du savoir-vivre ensemble.

 

La belle Vitry’n : ôde à la ville et ses habitants

« L’idée c’est de dire aux gens ‘arrêtez-vous, il y a des choses à voir’» J-P Trigla

« C’est de leur dire ‘vivez avec votre ville’ » Meushay

Évoquer Vitry-sur-Seine comme le simple lieu où s’est déroulée la belle vitry’n serait quelque peu expéditif voir réducteur. Ce serait tout simplement une erreur. Il faut voir la ville sous un prisme différent, comme celui d’un personnage réel et indispensable dans une histoire. Dans l’histoire de Meushay et de Jean-Philippe, Vitry est omniprésente et s’impose tel un fil conducteur qui traverse le temps. C’est à Vitry que Meushay fait ses premières armes en tant que grapheur et c’est naturellement qu’il y peint dans les rues, s’imprégnant de la culture et musique rap. Ce lien est aussi celui qu’entretiennent de nombreux vitriots avec la ville, alors c’est bénévolement que beaucoup d’artistes locaux ont répondu présents pour la maison du street art. Jean-Philippe explique : « De se retrouver là, à organiser un événement comme la belle vitryn’ […] c’est la passion pour une ville et pour les gens qui habitent dans cette ville ». Quand Paris les rejetait, Vitry-sur-Seine offrait une fenêtre à leur créativité. « On y a créé nos propres codes à Vitry ».

 

Si Vitry est pour certains le triste théâtre de faits divers, beaucoup se battent pour lui donner une facette riche et positive. Meushay dit à ce sujet  : « On venait de Vitry, on était catalogué. C’était un peu la zone à risque. […] Avant, à Vitry, on entendait parler de braquages, de morts... Depuis quelques années, ça change un peu». En parlant des personnes de banlieue, Meushay évoque un esprit combatif. « En banlieue, les habitants sont plus combatifs. Ils ont moins de moyens et sont obligés de se battre ». Jean-Philippe est quant à lui persuadé que Vitry a beaucoup à offrir. « En banlieue, ou plutôt futur grand Paris, on regorge d’éléments, d’individus talentueux, doués, de créatifs. »

 

Jean-Philippe travaille à créer du lien et de la proximité. Il souhaite sensibiliser les habitants et les éveiller : « Je mets en avant des artistes dans une ville qui n’est à la base pas destinée à ça. On est dans une ville dortoir. A Vitry-sur-Seine, les gens restent pas normalement. Quand ils prennent la voiture c’est pour aller au travail ou partir en vacances. L’idée c’est de dire aux gens, arrêtez-vous, il y a des choses à voir ». Quant à l’art ? Il est persuadé de son rôle central. « L’art c’est important.  L’art, ça ouvre l’esprit.  Le bailleur qui gère le quartier de Roger Derry, m’a dit que les choses se sont apaisées depuis qu’il y a des interventions artistiques. Les rapports se sont apaisés. »

 

Il est possible d’impulser une bonne dynamique dans sa ville et la belle vitry’n en est la preuve vivante. Les derniers mots de Jean-Philippe pour conclure sont sans équivoque. « La belle vitry’n, c’est un projet bienveillant. » Ceux qui ont pu vivre l’expérience ne diront pas le contraire… Bien au contraire.

 

Sophie


[ENGLISH]


In a residential area, ten of dwellings follow one after the other.  One particularly draws our attention. Although it is ordinary from outside with its ordinary front window, once you enter, we do understand it is unique of its kind. The ordinary aspect of the house is mixing with the past. It is not a simple house. This is the renowned street art house: la belle Vitry’n.

 

In front of the entrance, a boy is dribbling one after another, concentrated, unshakeable. When he is disappearing by following the tracks uphill, Jean-Philippe and Meushay are appearing. Timing is perfect and the action almost surrealistic. The boy is making room to the interviewees appearing to say “Show can begin. I only was the introduction”. In a certain way, he embodies the house spirit: talented but discreet. It is as though it had to come here to discover it, as the street art house, hided among the numerous houses over there. Jean-Philippe assures: “We don’t come here by chance”. Meushay asserts: “We come here for some reason”. 

Meeting: description and crossed careers

“You have to show yourself and slog away” Meushay

The daily description is double. We have two committed and passionate personalities, drivers of the street art house project. The first one is Jean-Philippe Trigla, the Vitry’n Urbaine association’s host. The second one is Christophe Marcq, Business Manager in building. A name hides another one as Christophe Marcq is the graphics software artist Meushay.

 

Jean-Philippe and Christophe grew in Vitry-sur-Seine, located at five kilometers from Paris. For Christophe, the route has been marked out. It has been very early that simply, he makes of his passion for drawing the follow-up of his studies. He passed Corvisart competition exam and participated in Graphic Arts High School. Jean-Philippe has a literary route. After his years of high school in Jean Macé, he turned to a master’s degree in journalism. Curious and opened-minded, he is convinced the wealth comes from diversity. This belief leads him to increase meetings of which this one with Christophe.

 

It is by chance that Jean-Philippe encountered with Christophe without knowing he is Meushay. Jean-Philippe knows artist work but he never saw him. One day, he told being found facing a fresco next to an unknown person and decided to introduce himself: “I said my name, Jean Philippe. And then, he came out with Meushay. And I was like that [he made the sign of the hands that are shivering]. What, Meushay?”  In the street art environment, we know all but the condition is to stand out from the crowd. As Meushay shows, talents are numerous but we have to show yourself and work. Moreover, being artist is not all beer and skittles. It asks an important commitment all the more so as there is not necessarily a return gain. You need to work hard. “You need to want it. You need to be determined.”  the two men say.

The street art house: when the community is setting out

“This is the art that gathered us […] We are full of connections” J-P Trigla

Jean-Phillipe and Meushay’s routes are crossing again. This time for an important project that is this one of street art house. Originally, the house is ending, reserved to wait its future destruction. Yet, it will be different. Thanks to a confluence of events, the house is finally reserved to become a short-lived gallery, “the time to become another thing”, said Meushay. The owner accepts to lend the walls. This is the beginning of a great adventure: the 150 m² is a great potential to transform. All a community is setting out to realize the project and gathers great people on behalf of the organizers BBP (“participative big bang”), Vitry’N Urbaine, Urban Art Paris and Digital Street Art, as on behalf of the artists, reserved to share the same work space.

 

The experience is both great from an artistic and human point. The human is inseparable because the idea is to give a place to each artist, famous, less famous, young, less young, experienced or beginner. About twenty artists from every background decide to play the game. They are inspired and determined, ready to flood the places. Jean-Philippe even underlines the presence of women among the artists whereas they are pretty uncommon in the field. The field is from then on explosive: this is the party of the ways of talents and inspirations. The goal is thus to work together by raising the ones and the others. It’s an art! Guiding without demanding, creating a harmony without erasing the idiosyncrasies.  What is at stake is also to give a chance to all, not to close doors and to be able to have a dialogue and give advices within a group. With this in mind, Meushay will step in next to a young. He explains him that his painting could gain in quality and supports him to make it again.

 

He worked hard during 5 days. The very expected D-day is finally arrived. When the short-lived gallery opens its doors and that we show to the public “Make yourself at home”, these words never sounded so true. By gazing at the public, the first assessment is this one of an unbelievable diversity. Several worlds stand alongside a same space. Some people, more accustomed, comment on graffiti and recognize the signature. Others, fewer experts, cannot leave the walls out of their eyes, delighted. Jean-Philippe explains: “There is an interest. Maybe we will not concur with and understand but there is a curiosity”. What about the feedbacks during the week-end? It is more than positive.

 

The friendliness of the event, the closeness of the organizers, the spontaneous dialogues initiated with the artists were unquestionably appreciated. Meushay alludes to a story, this one of a lady who did not dare to come in a gallery and even less speak to the artists. “She saw it as a place where you have to come with a suit. While I told her we could speak and even go to the eatery and natter. She was truly astounded”. Within the street art house, this friendliness is also explained thanks to the place itself, quite original. During the event, as in a house, the fireplace is lighted on. Mushay remembers “The evening, we finished with some punch, people sat down on straw bundles.”

 

Once the weekend over, visits carry on with different groups, of which some nursery school pupils, disabled people or La Sorbonne students. “La belle Vitry’N has a social dimension. We did not turn to the stars, the VIP, we are turned to the public”, Jean-Philippe says. The street art house is an obvious embodiment of sharing and opening values about know-how and manners together.

 

La belle Vitry’n: ode to the city and its inhabitants

“The idea is to tell people “stop here, there are things to see"" J-P Trigla

“It is to tell them “Live with your city” Meushay

Alluding to Vitry-sur-Seine as the venue where took place la belle Vitry’N would be somewhat rapid even simplistic. It would be quite simply a mistake. You need to see the city from another angle, as this of a true and compulsory character in a story. In Meushay and Jean-Philippe’s story, Vitry is omnipresent and is essential as a common thread that spans the time. This is in Vitry that Meushay earned his first stripes as graphic software and it is naturally that he paints in the streets, by spreading through rap music and culture. This bound is also the one that numerous inhabitants have with the city so it is voluntarily that many local artists were present for the street art house. Jean-Philippe explains: “Being there to organize an event as La Belle Vitry’N […] this is the passion for the city and for people who live in this city”. When Paris threw them out, Vitry-sur-Seine provided an insight to their creativity. “We created our own codes in Vitry”.

 

If Vitry is for some people the stage of miscellaneous news item, many people are fighting to give it a rich and positive face. Meushay says about this topic: “We came from Vitry, we were classed. It was a bit a risk zone. […] Before, in Vitry, we heard talking about robberies, dead people... For a few years, it has been changing a bit”. Talking about suburbs people, Meushay alludes a determined spirit. “In the suburb, the inhabitants are more determined. They have less means and are forced to fight”. As for Jean-Philippe, he is convinced that Vitry has a lot to offer. “In the suburb, or pretty the future Grand Paris, we are overflowing with elements, talented, blessed persons, some creative”.

 

Jean-Philippe works to create link and proximity. He wants to raise awareness among inhabitants and introduced them: “I bring forward some artists in a city that is basically not reserved to this. We live in a dormitory town. In Vitry-sur-Seine, normally people do not stay. When they take the car, it is to go to work or to go on holidays”. What about the art? He is convinced of its central role. "Art is important. The art opens the mind. The landlord who manages Roger Derry borough told me things have been calming down since there are artistic interventions. The connections have been calming down”.

 

It is possible to boost a dynamic in his city and La Belle Vitry’N is the living proof. To conclude, Jean-Philippe’s last words are unambiguous. "La Belle Vitry’N, it is a kindly project.” Those who could live the experience would not tell the contrary; quite the contrary. 

Sophie